Une forme de guerre, Iain M. Banks

Publié le jeudi 2 juillet 2015, 14h38 par Denis.
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La guerre fait rage entre les Idirans et la Culture. Un Mental de vaisseau de cette dernière échappe de peu à la destruction et trouve refuge sur le Monde de Schar, une planète déserte qui fut le berceau d'une civilisation aujourd'hui éteinte. Bien sûr, ce Mental intéresse les deux camps. A commencer par les Idirans, qui envoient Bora Horza Gobuchul, un "métamorphe", pour le récupérer. Mais également la culture qui envoit l'agent Pérosteck Balvéda à ses trousses.

Ce roman de Iain M. Banks a été publié en version originale en 1987. C'est à la fois son premier roman de science-fiction et le premier des 9 romans composant le cycle de "La Culture"1. Pour une courte introduction sur la Culture, je vous invite à (re)lire le billet que j'avais consacré en 2012 au roman "Trames".

"Une forme de guerre" est avant toute chose un formidable "space opera". Il est pour moi le parfait exemple du dépoussiérage effectué par Banks2 d'un genre qui était un peu tombé en désuétude.

Sa structure est classique, prenant la forme d'un récit linéaire racontant le périple de Horza à destination du Monde de Schar. Fraichement sauvé par les Idirans d'une exécution, le métamorphe se retrouve embarqué malgré lui à bord de la "Turbulence Atmosphérique Claire", le vaisseau un peu vieillot d'une bande de mercenaires un peu losers. Le plan est alors clair : remplacer Krayklin, le chef de la bande, pour s'emparer du vaisseau afin de retrouver le Mental en fuite. Car la particularité des métamorphes, c'est qu'ils peuvent prendre l'apparence d'un autre.

Cette trame aventurière classique est l'occasion pour l'auteur de nous en mettre plein la vue. Tout ici est dans la démesure, à l'image de cette extraordinaire civilisation qu'est la Culture et de ses multiples créations.

Le clou du spectacle, selon moi, est constitué de la longue visite de l'Orbitale de Vavatch. Cette dernière est convoitée par les Idirans. La Culture ne l'entend pas de cette oreille et a tout simplement décidé de détruire l'Orbitale. Horza et sa bande débarquent sur Vavatch quelques jours avant sa destruction. S'enchaînent alors plusieurs morceaux de bravoure du roman : l'exploration d'un méga-vaisseau, gigantesque bateau qui fait le tour de l'Orbitale en 40 ans ; la rencontre avec une tribu aux moeurs étranges ; la partie de "Débâcle" ; l'affrontement avec le capitaine et, finalement, la fuite de l'Orbitale quelques heures avant sa destruction.

Si "Une forme de guerre" est un opéra de l'espace épique et survolté, c'est également un roman incroyablement sombre. Comme le note Gérard Klein dans sa très bonne préface qui accompagne l'édition française, la mort hante littéralement le récit. Par exemple, le séjour sur l'Orbitale n'est pas seulement le prétexte à une surenchère de scènes d'action. Du fait de sa destruction imminente, il y règne une ambiance de fin du monde très finement rendue par l'auteur.

La mort est partout, à tous les niveaux. Elle plane sur la galaxie en guerre, sur des races et civilisations sur le point d'être anéanties et, plus simplement, sur les protagonistes de l'histoire. Une toute petite histoire, tellement insignifiante à l'échelle d'un conflit galactique. La dernière partie du récit, dans les tunnels du Monde de Schar, en est la parfaite illustration. C'est absolument magnifique. Tragique, désespéré, violent mais magnifique.

Pour finir sur une note plus légère, on retrouve ici une caractéristique commune à tous les romans de la Culture : l'humour teinté de cynisme est bel et bien présent, jusque dans les ultimes pages formant un ensemble d'appendices complémentaires au récit.

C'est la deuxième fois que je lis "Une forme de guerre". Ce roman est parfois critiqué pour sa structure conventionnelle ou la débauche d'action qui le caractérise. Peu importe, c'est un incontournable qu'il ne faut louper sous aucun prétexte. Banks y construit tout ce qui va nourrir son cycle jusqu'à son ultime épisode paru en 2012.

Tout simplement jubilatoire.

"On débarque et on rembarque."

"Une forme de guerre" est publié en France chez Robert Laffont, dans la collection Ailleurs et Demain, ainsi qu'en format poche : "Le livre de poche".


  1. Bien qu'il soit le premier roman publié du cycle, il est rarement conseillé d'entamer la lecture de l'ensemble par "Une forme de guerre". ↩︎

  2. Ainsi que Dan Simmons, avec Hyperion, à peu près à la même époque. ↩︎

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